Ce qui m'est facile n'a pas de valeur

Le piège de la fluidité chez les entrepreneures Trop Intenses

Est-que vous vous dites la même chose que moi quand quelque chose vous vient “facilement"? 

Anne, ma partenaire pour Ose l'Audace, a 20 ans de formation en prise de parole. Des diplômes, des concours, un parcours construit étape après étape.

Moi, je monte sur scène avec elle — sans ce parcours-là — et ça circule. Ça coule, immédiatement, sans effort visible.

Elle me dit en souriant : "Tu es tombée dedans à la naissance."

Pendant longtemps, cette phrase frottait en moi.

Parce que derrière, moi, je comprenais autre chose. 

‍‍Si c'est facile, ça ne compte pas vraiment.

Si je n'ai pas eu à apprendre, répéter, échouer pendant des années pour y arriver, alors ça n'a pas de valeur.

Et surtout — n'importe qui pourrait probablement faire pareil.

Ce mécanisme, je ne l'ai pas seulement observé chez moi. Je le retrouve, avec une précision presque troublante, chez les femmes que j'accompagne.

Il y a un mot pour ça. Un mot vieux de cinq siècles.

Au XVIe siècle, Baldassare Castiglione écrit Il Libro del Cortegiano. Il y décrit ce qu'il appelle la sprezzatura : l'art de rendre si naturel, si fluide, si évident ce qui a en réalité demandé des années de maîtrise — que l'observateur ne voit plus l'effort. Il ne voit que l'émerveillement.

La grande ironie, c'est que ce concept décrit exactement le piège dans lequel tombent les cerveaux Trop Intenses.

La sprezzatura finit par rendre l'effort invisible à soi-même. 

On oublie ce qu'il a fallu construire pour que ça coule. On voit le résultat fluide — et on conclut : ça ne coûte rien, donc ça ne vaut rien.

C'est l'exact inverse de la réalité.

Ce que j'ai compris en travaillant avec Hélène Cuney sur ma propre relation à l'argent et à ma valeur — via un Génosociogramme — c'est que j'avais intégré, sans jamais vraiment le questionner, une croyance très ancienne : pour être légitime et crédible, quelque chose devait être visible, mesurable, presque difficile.

Tout ce qui relevait de l'intuition, de la vitesse, de la fluidité… sortait du champ. Comme si ça ne "comptait" pas vraiment.

Cette croyance a trois effets silencieux et dévastateurs.

1.On ne reconnaît pas ses succès — parce qu'ils n'ont pas coûté assez. On passe à la suite sans s'arrêter, sans intégrer, sans capitaliser. Et très vite, une petite voix revient : je pourrais faire mieux

Même quand, objectivement, ça fonctionne déjà.

2.On ne voit pas la valeur de ce qu'on produit — surtout quand ça touche à l'argent. Ce qu'on facture au niveau d'un palace, ce n'est pas la chambre. C'est ce qu'on ressent en entrant dans la chambre. Des années de maîtrise invisible, intégrées jusqu'à devenir imperceptibles. 

C'est précisément ça qui a de la valeur. Pas l'effort exhibé. L'expérience accumulée.

3. Et on s'auto-sabote juste avant la ligne d'arrivée.

J'accompagne en ce moment une cliente qui a une vision très claire d'un podcast dans son domaine. L'angle est juste. L'intention est forte. La structure est là. Elle enregistre son premier épisode.

Et elle reste insatisfaite. Pas parce que ce n'est pas bon — mais parce que ce n'est pas à la hauteur de sa vision.

En regardant de plus près, ce n'est pas un problème de compétence. 

C'est un endroit où elle retient légèrement le geste. Juste assez pour ne pas être complètement engagée dans ce qu'elle produit. Parce qu'au fond, elle sait qu'elle peut faire beaucoup mieux. Et que si elle le fait vraiment — ça change son niveau d'exposition.

La fluidité n'est pas un manque d'effort. C'est souvent la preuve que l'effort a déjà été intégré.

Mais tant qu'on continue à lire cette fluidité comme facile donc sans valeur, on prend toutes ses décisions à partir d'un référentiel biaisé.

Il existe plusieurs façons très précises de se freiner à cet endroit.

Certaines analysent parfaitement… mais ne décident jamais vraiment.

D'autres portent tout… alors qu'elles pourraient déjà déléguer à un autre niveau.

D'autres encore multiplient les axes… sans trancher.

Et parfois, tout est en place — mais le prochain levier n'est pas activé.

J'ai créé un guizz pour identifier celui qui est actif pour vous en ce moment.

Pas comme une étiquette. Comme un point de clarté.

Vous avez 3 minutes ? À quel carrefour êtes-vous aujourd'hui ?

👉 Je fais le guizz

En attendant, je vous souhaite une belle journée tout en fluidité !

Alexia

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