Quand voir trop clair empêche d’avancer

Le piège de la lucidité chez les leaders atypiques

J’entends souvent dire que les gens ne changent pas parce qu’ils ont peur.

C’est parfois vrai.

Mais chez beaucoup de leaders atypiques, le problème est ailleurs.

Ils ne bloquent pas parce qu’ils ne voient pas.

Ils bloquent parce qu’ils voient trop bien.

Quand la lucidité devient un piège

Je m’en suis rendu compte en travaillant sur mon propre branding.

ALM Coaching existait. Mais je n’arrivais pas à mettre les mots sur ce que je faisais vraiment.

Coacher des leaders atypiques.
ET aussi co-créer et réfléchir avec eux, pour clarifier leur stratégie, leurs idées, leurs outils.

Ces deux activités, je n’arrivais pas encore à les nommer et les rendre cohérentes.

Alors j’ai fait ce que font beaucoup de cerveaux rapides : j’ai réfléchi.

Beaucoup.

Pendant près d’un an, j’ai essayé de structurer et clarifier seule mon activité.

J’ai imaginé différentes architectures de site.
Plusieurs façons d’appeler “tout ça”
Des offres possibles.
Des parcours clients.

Et très vite, j’ai vu :

  • tout ce qu’il faudrait construire

  • tout ce qui pourrait être confus

  • tout ce qui pourrait échouer.

Résultat ?

Je n’avançais pas.

Parce que le saut me paraissait immensément complexe.

En janvier 2024, j’ai finalement décidé de me faire accompagner pour clarifier tout cela.

En juin 2024, tout était posé et le nouveau site était lancé.

Pas parce que tout était devenu parfaitement clair.

Mais parce que j’avais accepté un premier mouvement.

Un millimètre.

Le fonctionnement classique des cerveaux rapides

Chez les leaders atypiques, le blocage ressemble rarement à un manque d’intelligence.

C’est souvent l’inverse.

Vous voyez le projet.

Puis immédiatement :

  • les 6 scénarios possibles

  • les dizaines de tâches nécessaires

  • les obstacles probables

  • les raisons pour lesquelles cela pourrait échouer.

Plus votre cerveau est rapide, plus cette projection est détaillée.

Et plus le mouvement paraît immensément complexe.

Alors vous attendez.

Le bon moment.
La bonne énergie.
La bonne rencontre.

Ce moment arrive rarement.

La lucité en situations

Ce mécanisme apparaît souvent dans des décisions assez logiques et évidentes en apparence.

Un dirigeant sait qu’il devrait recruter pour se soulager, mais anticipe déjà :

  • l’intégration

  • les tensions possibles dans l’équipe

  • le coût

  • l’erreur de casting.

Alors il continue à tout faire lui-même.

Une autre sait que son organisation doit évoluer, mais voit déjà :

  • les résistances internes

  • les susceptibilités

  • les conséquences politiques.

Alors elle temporise.

Un troisième a une vision stratégique claire, mais anticipe déjà :

  • les objections du comité de direction

  • les scénarios d’échec

  • les ajustements nécessaires.

Alors il attend encore.

Dans tous ces cas, le problème n’est pas la capacité d’analyse.

C’est l’excès de lucidité avant le mouvement.

Le mythe du grand changement

On imagine souvent le changement comme une rupture spectaculaire.

Changer de vie.
Changer de carrière.
Tout transformer.

Dans la réalité du leadership, les transformations importantes sont souvent beaucoup plus discrètes.

  • Supprimer une réunion inutile.

  • Décider une priorité.

  • Ouvrir une conversation difficile.

  • Demander de l’aide.

Le mouvement du millimètre.

C’est que propose Mosimann dans un article récent que j’ai lu:

« Entre l'inquiétude d'oser et le poids de ne pas avoir essayé, le choix n'est pas toujours si compliqué.


Partir, ce n'est pas forcément s'éloigner. C'est parfois simplement se déplacer d'un millimètre. »

Une clé pour décider quand tout est déjà trop clair

Si cet article résonne, il y a de fortes chances que votre cerveau ait déjà analysé la situation sous tous les angles.

Le problème n’est donc pas le manque d’analyse.

Le problème est le point de départ.

Voici une clé simple.

Prenez une décision que vous repoussez.

Puis posez-vous cette question :

Quel est le premier mouvement qui rend cette décision réelle ?

Pas le plan complet. Pas toute la stratégie. Le premier mouvement.

Par exemple :

  • écrire l’annonce pour recruter

  • proposer une date de réunion

  • demander un regard extérieur

  • supprimer une tâche qui n’a plus de sens

  • annoncer qu’une discussion doit avoir lieu.

Ce mouvement doit respecter trois critères :

  1. Il prend moins de cinq minutes.

  2. Il rend la décision visible dans le réel.

  3. Il déclenche une réaction.

C’est cela, le millimètre.

Parce qu’un cerveau lucide cherche souvent à décider avant d’agir.

Alors que, dans beaucoup de situations, la décision devient plus claire après le premier mouvement.

Et si le changement n’était pas un saut ?

Les leaders atypiques n’ont généralement pas besoin de courage.

Ils ont déjà :

  • la vision

  • la lucidité

  • la capacité d’analyse.

Ce qui manque parfois, c’est simplement l’autorisation intérieure de bouger avant que tout soit parfaitement clair.

Parce que le mouvement crée souvent la clarté.

Pas l’inverse.

Et parfois, avancer ne demande pas un saut.

Juste un déplacement.

D’un millimètre.

Et l’acceptation qu’« un jour » commence maintenant.

Je vous souhaite une belle journée qui bouge d’un millimètre !

Alexia

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